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02/11/2008

FIN DU ROMAN avant épilogue

(fin du roman)
LA PETITE CLAUDINE
Dernière ligne de l'épisode précédent
- c’est ma fille, c’est ma fille à moi
Et elle perdit de nouveau connaissance.


L’accouchement terminé, la mère et l’enfant furent transférées à la maison de convalescence du Vésinet où on leur prodiguèrent les meilleurs soins. Pour Marie, il lui fut ordonné quelques jours plus tard, un bon lavage d’estomac suivi d’un minutieux bilan de santé.

La naissance, d’après le livret de santé, montrait que l’enfant souffrait d’un point de pleurite, d'un peu de rhino-pharyngite et avait une tension plutôt faible. D’apparence chétive, elle fut atteinte de jaunisse les jours suivants. Marie resta un mois dans cette maison du Vésinet où elle se remit lentement et difficilement des suites de son accouchement. Elle venait d’avoir trente neuf ans, c’était son premier bébé.
Depuis le vingt deux juillet, Marie resta près de son enfant et s’attendrissait devant le petit être comme pour la photographier dans son esprit. Elle n’avait pas enregistré l’état civil pour la petite : les soins urgents apportés à la mère et l’enfant avaient retardé les formalités administratives. Le personnel chargé de déclarer la naissance, l’interrogea sur la question du prénom qu’elle souhaitait donner à son enfant. Marie hésita quelques secondes car elle aurait souhaité que Souley soit là pour la conseiller, mais soudain elle se souvenait qu’il lui avait laissé la liberté de choisir à sa guise le prénom de l’enfant si elle venait à avoir une fille. Elle aurait tellement aimé qu’il soit à ses côtés pour effectuer lui-même la déclaration, mais désormais tout semblait être définitivement dépassé sur le plan de leur relation.

Sa fille était très claire de peau et cela l’inquiétait quelque peu, elle se souvint que lors d’une discussion avec son amant, il était question de savoir à qui pourrait ressembler leur enfant et s’agissant de couleur, Souleymane lui avait expliqué que les petits enfants métis naissaient plutôt blanc de peau. C’est bien après qu’ils foncent et prennent cette couleur café au lait, avec plus ou moins de café qu’ont la plupart des enfants métis.

Finalement pour respecter leur accord antérieur, elle décida de lui donner le prénom de Claudine.

Marie était face à un dilemme. Elle avait enfin connu le bonheur d’être mère, le rêve très légitime de la plupart des femmes d’avoir un enfant désiré, un enfant de l’amour. Même si elle avait beaucoup souffert et continuait de souffrir son désir était comblé. Cela faisait bientôt plus d’un mois qu’elle était au Vésinet, c’était déjà le vingt sept août et elle ne voyait toujours pas sa situation évoluer. Un peu prise de lassitude, elle se demandait comment sortir de cet endroit conventionnel et trop rigide. Devait-elle mettre fin à ses jours ? Elle y pensa vaguement ; mais la petite avait le droit de vivre. Elle était maman et sa petite Claudine n’avait qu’elle au monde. Sans père, sans mère, qu’adviendrait-il d’elle. Ce n’était pas la solution, elle ne pouvait pas la laisser, seul ce petit être désarmé sans espoir.

Elle occupait une chambre individuelle loin du nouveau-né, la petite Claudine était encore trop faible et puis l’encadrement avait certainement jugé bon de la garder dans une nursery, à part pour des raisons de surveillance. Un peu plus tard un matin à l’heure du déjeuner, ce fut la surprise lorsqu’on lui amena son bébé. La petite Claudine n’était plus atteinte de rhino-pharyngite et sa tension était remontée, elle était soignée uniquement pour un point de pleurite. La jaunisse avait disparu et le tableau de famille fut plus agréable. La mère et l’enfant se portaient bien mieux, l’équipe soignante était enfin satisfaite du résultat de santé de ces deux patientes réunies.
Il régnait dans la salle une atmosphère de bonheur. Il fallait voir Marie quand elle prit dans ses bras le fruit de sa chair. Son regard se fixa longuement sur l’enfant et elle le couvrit de baisers. Les infirmières s’éclipsèrent discrètement afin de laisser la mère et l’enfant profiter de leurs retrouvailles.
En l’examinant de plus près, elle cherchait à découvrir les ressemblances qu’elle pouvait avoir avec son papa, le haut de sa figure, ses yeux, ses grands yeux surtout et sa bouche si bien dessinée, son petit nez, légèrement épaté sans plus, tout petit nez minuscule, elle avait prit presque tous les traits de son père. Ses cheveux, bruns et fins, commençaient à friser au sommet de sa tête — la forme de son visage tenait de sa mère. Pas de doute, ovale et légèrement carré vers le bas, son haut front volontaire, une des caractéristiques selon Marie qui rendait cet enfant plus adorable.

Marie reposa l’enfant délicatement dans le petit berceau dressé à côté d’elle. Elle se pencha une dernière fois sur la petite poupée endormie, puis les larmes coulaient sur ses joues en prononçant cette phrase qui la hantera toute sa vie : « tu vas me manquer mon bébé, tu me manqueras cruellement, mais, mon petit ange, je dois m’en aller, je dois te laisser, il faut que je parte, il faut que je te laisses ta chance, tu ne dois pas rester auprès de moi, tu sais, je porte malheur moi, je ne veux pas t’entraîner dans mon désastre. Ton père, sera Dieu et il te protégera toujours, ne crains rien, il sera toujours près de toi, il te suivra de loin où que je sois. Ma toute douce, n’aie pas peur, si le créateur est avec toi, qui pourra être contre toi. Je prierais pour que tu ne sois jamais seule dans la vie.

Elle embrassa encore sa petite fille et demanda à l’infirmière de la reconduire à la nursery.

- Mais elle peut rester avec vous Madame, elle a passé le cap critique vous savez !
- Oui, je sais, mais… J’ai besoin de dormir car je suis très fatiguée, j’ai d’énormes soucis à évacuer vous savez.
- Comme vous le voudrez, mais la petite, elle, a besoin de sa mère !
- Je sais, c’est dur mais Il faudra bien malheureusement qu’elle s’y habitue, bientôt je serai de nouveau à la rue, je ne pense pas que se soit l’idéal pour un bébé déjà fragile ?
- Que voulez-vous dire ?
- Vous le savez bien, je suis une sans abri, je ne suis qu’une pauvre clocharde, sans famille !
- On peut vous la garder le temps que vous vous trouviez…
- Que je trouve quoi, tout, miraculeusement, sans aide, soyez réaliste, jusqu’à ce jour, on ne m’aurait rien proposé et soudain… Vous savez j’aurai bien aimé trouver un travail à l’hôpital, même comme femme de ménage, cela m’aiderait bien pour trouver un petit logement avec ma fille. J’ai encore quelques économies que j’épargne pour un projet vital et….
- Quel est ce projet ?
- Son père reviendra et après tout recommencera !
- son père ? Il n’est pas là, pour l’instant ?
- Non, je ne lui ai laissé aucune adresse où me joindre, de toute façon je n’ai plus de toit !
- Ce n’est pas une raison, il devrait savoir que vous avez accouché c’est aussi son enfant.
- Non ! Je ne lui dirai rien tant que je ne serai pas sortie de cet enfer
- Vous avez un orgueil mal placé si je peux me permettre, c’est au père de prendre en charge sa famille
- Non, pas dans notre cas, c’est moi qui ne veut pas qu’il me voie dans cette déchéance, j’ai préféré ne pas donner de nouvelles plutôt que de lui infliger une telle image de moi, si vous m’aidez, je pourrais reconstruire mon foyer
- Non madame, nous ne pouvons pas vous aider pour l’instant, la seule chose que nous pouvons faire pour vous permettre de trouver un emploi, c’est garder votre bébé en pouponnière pour vous libérer provisoirement de vos responsabilités maternelles. En revanche au bout de six mois, on devra la placer chez une nourrice en province puis au bout d’un an si votre situation n’a pas évolué elle sera admise sur la liste des enfants en attente d’adoption. A la DASS, nous aidons les enfants, mais nous ne disposons pas de structures pour accueillir les familles.
A SUIVRE...

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Commentaires

"...nous aidons les enfants, mais nous ne disposons pas de structures pour accueillir les familles. "
Comme si ces familles , sont dépourvues de sentiments..?
Décidemment , on tu bien le rêve d'une maman .Et c'est dure dure pour une maman ......

Danièle

Main sur le coeur

Mohamed
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Bonjour Mohamed,

Merci pour ton commentaire, tu sais j'ai appris depuis longtemps que la vie est une jungle où l'on combat tous les jours pour survivre...
... ou l'on mange ou on se fait manger. C'est dûr mais c'est vrai.

Bises à toi et bonne journée.

Danièle.

Ecrit par : Mohamed El jerroudi | 02/03/2008

J'ose à peine laisser un comt, c'est une situation tellement troublante. Et pour moi qui déteste les départs, la fin des choses jusqu'à ne pas terminer un livre souvent, j'avoue que ça me fend le coeur de lire ceci.

Tu as beaucoup de courage face à ton histoire. D'où te vient donc ce courage. That is the question !

Je t'embrasse. Monique

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Chère Monique,

De la violence d’une enfance pas très simple avec une bataille continuelle pour faire respecter ce que je suis. Toute ma vie j’ai du me battre pour garder intacte cette partie enfouie de mon identité originelle. Malgré la grande gentillesse de mes parents adoptifs je savais qu’eux aussi avaient un problème avec cette vérité. Cette vérité là, je n’ai cessé de la poursuivre sans faillir, toute seule et contre tous quelquefois. Il m’a fallu du cran souvent pour faire respecter mes droits, aussi bien avec les organismes publics qui détenaient une partie de la vérité qu’avec ceux qui m’entouraient. Voilà d’où vient ce courage qui me sert bien aujourd’hui pour continuer ma route.

bises,

Danièle.

Ecrit par : monique | 03/03/2008

Oui, tu as eu un immense courage chère Danièle ! Bravo ! C'est ainsi que tu es cette femme au coeur immense et a l'intelligence délicate et sensible capable de donner de toi sans compter.

Je t'embrasse fort,

Aliette
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Chère Aliette-Lydia,
Je te remercie pour tes encouragements et ta gentillesse. Tu fais partie de ces personnes qui sont sincères et c'est rare.

Bises
Danièle.

Ecrit par : Aliette | 07/03/2008

Je ne relis pas ton histoire. C'est inutile, elle est gravée chez moi. Mais je relis ton comt qui fait partie de cette histoire et qui lui donne cette suite riche de toute l'humanité que tu as en toi. Ce que tu as écrit là devrait faire partie de ton livre, au début ou à la fin, peu importe. (suggestion autoritaire mais compte tenu de l'importance que j'accorde à ton livre, je peux bien me mouiller un peu et tant pis si qq'un se demande de quoi je me mêle attendu que je me mêle de ce dont j'ai envie - ça c'est pour rire !).

Bon dimanche. Je t'embrasse. Monique

Ecrit par : monique | 02/11/2008

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